7.3 Étude de cas

Étude de cas 1 – Coup de poignard

Une mère célibataire et ses deux fils adolescents sont arrivés au Canada il y a trois semaines. Ils vivaient dans un camp de réfugiés à l’extérieur de la Somalie. Un des garçons a poignardé son frère à la poitrine.

Depuis trois ans, la mère fait des crises d’épilepsie. Elle a aussi été victime de violence conjugale, de viol, d’exploitation sexuelle et d’agressions physiques (elle a été jetée du troisième étage d’un édifice et poignardée à plusieurs reprises, pour ne nommer que ces exemples là).

À son arrivée, elle n’avait pas pris ses anticonvulsants ni ses antidépresseurs de façon continue depuis quelque temps. Les garçons, quant à eux, manifestaient des troubles du comportement et se montraient antisociaux. L’un des deux avait été l’auteur d’agressions sexuelles.

Question: Arrêtez-vous quelques instants pour penser à la façon dont vous prendriez ce cas en main en tant que gestionnaire.

Vulnerable Refugees

Question: Quels sont les réfugiés les plus vulnérables?

Santé des réfugiés selon MSF

Groupes potentiellement vulnérables :
  • Femmes et ménages dirigés par une femme
  • Enfants
  • Personnes handicapées
  • Groupes ethniques, religieux ou politiques minoritaires
  • Réfugiés urbains en milieu rural

Gestionnaire de clinique pour réfugiés

Une clinique pour réfugiés doit pouvoir faire face à des conflits socioculturels diversifiés et complexes.

Les obstacles sociaux, culturels, financiers et linguistiques jouent souvent sur la façon dont les problèmes de santé du patient se manifestent et sont résolus.

(Refugee Health, An Approach to Emergency Situations 1997)

Étude de cas 2 – Idées suicidaires

Cinq jours après son arrivée d’un camp de réfugiés au Bhoutan, une réfugiée s’isole dans sa chambre. Elle a 36 ans. Elle loge dans un refuge temporaire, refuse de manger et de boire et parle de suicide.

La patiente est dirigée à l’urgence. Là, la communication est difficile parce que personne ne parle sa langue, et, faute d’interprète fiable, l’urgentologue ne décèle aucun trouble nécessitant des soins urgents. Il renvoie la patiente au refuge après avoir fait administrer des fluides par intraveineuse. Aucun suivi n’est prévu pour la santé mentale de la réfugiée.

La patiente a perdu ses deux parents en bas âge, après quoi le reste de sa famille l’a essentiellement abandonnée. Elle a des troubles de santé mentale depuis longtemps. Elle rêvait d’une vie nouvelle au Canada, mais dès son arrivée, elle s’aperçoit que son rêve n’était que chimère : elle ne peut pas communiquer avec qui que ce soit à cause de la langue et elle doit dépendre des mêmes frères et sœurs qui, depuis 30 ans, la négligent.

Écrivez quels services et ressources vous estimez nécessaires pour assurer à cette réfugiée les soins dont elle a besoin.

Les groupes vulnérables et le gestionnaire

Femmes

Le rôle traditionnel de la femme comme celle qui s’occupe des autres et qui doit trouver nourriture, eau et biens essentiels pour la famille là où ces ressources sont rares la rend vulnérable aux mauvais traitements et aux agressions sexuelles. Ces dernières ont été documentées Dans plusieurs situations où des réfugiés sont en cause, des cas de violence sexuelle ont été documentés. On croit que plus souvent qu’autrement, les incidents ne sont pas signalés. (MSF 1997)

Mandat du gestionnaire
  • Faire que des femmes participent à la planification de tout programme pour réfugiés et tenir compte de leurs préoccupations
  • Recruter des travailleuses de la santé et des femmes pouvant faire de visites à domicile

Enfants

En temps de pénurie, alors que la « loi du plus fort » triomphe, les enfants sont souvent victimes de discrimination. Ils ont des besoins spéciaux et pourraient être plus à risque que les autres. Les mineurs non accompagnés sont particulièrement vulnérables.

Mandat du gestionnaire

Il faut chercher à cerner et à gérer les risques auxquels certains enfants sont confrontés à cause de leur passé. L’agression sexuelle ou physique, la perte des deux parents, la séparation de sa famille ou l’abandon par des parents qui se sentent incapables de s’en occuper font partie des expériences lourdes à porter pour un enfant.

Recommandations de MSF (1997) sur les aspects socioculturels de la santé des réfugiés

  • Les réfugiés doivent être respectés en tant qu’êtres humains et non uniquement traités comme des victimes.
  • L’analyse de la situation ne doit pas uniquement porter sur les besoins essentiels. Il faut aussi tenir compte des conséquences sociopolitiques du déplacement.
  • La planification doit tenir compte des caractéristiques culturelles et ethniques des réfugiés.
  • Les programmes d’aide doivent être accessibles et acceptables pour l’ensemble du groupe de réfugiés (recueillir de l’information, faire participer les réfugiés à la planification et à la réalisation des activités, repérer les groupes vulnérables).
  • La position des groupes vulnérables doit être renforcée (promouvoir la réédification de la communauté, voir à la distribution égale des emplois et des possibilités d’avancement).

(Refugee Health, An Approach to Emergency Situations 1997)

Vidéos

Directeur de l’établissement Organisation non gouvernementale (ONG) – Carl

Lire la transcription

Quand un immigrant qui parle à peine anglais se présente chez un professionnel de la santé, il y a un défi à relever. « Comment vais-je faire pour comprendre les besoins réels de la personne et connaître son état de santé? » Une des choses importantes est d’aider ce professionnel en faisant un dépistage préalable qui montre quels sont les problèmes de santé, quel est l’état de santé de la personne, comment elle pense se maintenir en santé. C’est assez complexe mais ça devrait être hautement prioritaire parce que ça nous coûte quelque chose. L’immigrant qui arrive et qui est incapable de rester en santé ne peut pas travailler aussi bien qu’il le voudrait et que nous le voudrions. Il paie moins d’impôts. Au bout du compte, il y a un coût à payer quand on ne fait pas ce qu’il faut et nous pouvons le calculer, ce coût. Ce n’est pas un petit montant, c’est un gros montant.


Duréé : 1 minute

Agent d’établissement des réfugiés – Lucila

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Au fil du temps et depuis quelques années, comme il y a plus d’immigrants qui arrivent, même s’ils ne sont pas en grand nombre, il sont tout de même assez nombreux à avoir des besoins médicaux, certains même aigus. Alors une de leurs premières priorités est « Comment trouver un médecin de famille? Où puis-je le trouver? Où dois-je aller quand je suis malade? ». Le fardeau pour nos programmes est lourd. Il faut composer avec des professionnels de la santé qui, quand on les appelle, disent qu’ils n’acceptent pas de nouveaux patients.


Durée : 32 secondes

Chef de l’établissement des réfugiés – Chamreoun

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Aussi, il faut comprendre que la santé des réfugiés est l’un des casse-tête du sentiment d’intégration. Vous savez que le sentiment d’intégration est un grand casse-tête. On regarde déjà les études, on regarde l’emploi, on regarde le logement. On regarde comment faire pour que ces gens-là se sentent accueillis mais il nous manque un bout du casse-tête, celui qui relie les nouveaux réfugiés au réseau canadien de la santé, qui est fondé sur la prévention.


Durée : 35 secondes

Buts à court terme pour les gestionnaires

Graph montrant 5 buts à court terme pour les gestionnaires: 1. Être prêt à gé´ré´r´´des situations socioculturelle complexes, 2. Fixer les priorités de la clinique, 3. Veiller à ce que des services d'excellente qualité soient assurés pour tous, 4. Coordonner et utiliser les services d'interprètes médicaux formés, 5. Assurer un accès équitable aux services médicaux. Il y a également 2 buts continus: 1. Sensibiliser continuellement le personnel médical et d'établissement, 2. Créer des réseaux locaux de fournisseurs de soins de santé.

Buts à long terme pour les gestionnaires

Graph montrant 5 buts à long terme pour les gestionnaires: 1. Mettre les réfugiés en contact avec les fournisseurs locaux (médecins de famille), 2. Limiter les demandes de consultations à l'urgence/de spécialistes qui ne sont pas nécessaires, 3. Initier les réfugiés et les intégrer au réseau de la santé canadienne, 4. Assurer un dépistage systématique et des interventions de prévention reposant sur des données probantes, 5. Déceler des tendances pathologiques avant qu'il y ait propagation. Il y a également 2 buts continus: 1. Sensibiliser continuellement le personnel médical et d'établissement, 2. Créer des réseaux locaux de fournisseurs de soins de santé.

La phase d’urgence

Les déplacements de populations provoqués par la guerre ou des catastrophes naturelles se produisent souvent là où les ressources sont déjà limités. Des ressources limitées peuvent faire grimper rapidement les taux de mortalité chez les personnes déplacées.

C’est : LA PHASE D’URGENCE

LA PHASE D’URGENCE, MSF (Refugee Health 1997) recommande les étapes suivantes pour cette phase :

Une photo des dommages causés par le tsunami qui a frappe l'Indonésie en 2005. On voit un bateau installer au dessus de maisons et plein de rébus partout.
Après le tsunami, Indonésie, 2005
Crédit photo: Médecins sans frontières
  1. ÉVALUATION INITIALE : Collecte de données et repérage des priorités en matière de santé. Devrait se faire dans les premiers jours suivant l’arrivée.
  2. IMMUNISATION CONTRE LA ROUGEOLE : La rougeole cause la mort de 1 enfant sur 10 dans les pays en développement touchés. Les déplacements sont une des causes d’épidémies à grade échelle. La vaccination massive des enfants de 6 mois à 15 ans devrait être prioritaire dans la semaine suivant l’arrivée.
  3. EAU ET ASSAINISSEMENT : Il faut prévoir une source d’eau potable assainie pour prévenir la propagation de maladies diarrhéiques.
  4. ALIMENTATION : La malnutrition est fréquente chez les réfugiés. Il faut accorder toute l’attention possible à leurs besoins alimentaires de base durant les premiers mois suivant leur arrivée.
  5. REFUGES ET AMÉNAGEMENT À PLANIFIER : Des refuges inadéquats et la surpopulation sont d’importants facteurs de propagation de maladies au potentiel épidémique. Il faut aménager les lieux et planifier l’arrivée des réfugiés : limiter le nombre de personnes par emplacement et prévoir un espace suffisant par personne, prévoir l’infrastructure nécessaire : services (p.ex., centres de santé et d’alimentation), routes, cimetières, etc.
  6. SERVICES DE SANTÉ : Il faut gérer les maladies courantes dans un réseau décentralisé d’installations de santé (centres de santé et postes sanitaires). Les besoins médicaux (matériel et médicaments) doivent être évalués rapidement afin d’empêcher des éclosions de maladies qu’on a déjà vues dans la région.
  7. CONTRÔLE DE MALADIES TRANSMISSIBLES ET D’ÉPIDÉMIES : Chez les réfugiés, les risques d’éclosions de maladie transmissibles sont supérieurs à ceux du reste de la population. Les mesures de contrôle à prendre varient selon la maladie : dépistage et traitement rapide dans le cas du choléra et vaccination massive dans le cas de la rougeole.
  8. SURVEILLANCE DE LA SANTÉ PUBLIQUE : La surveillance épidémiologique permet de mesurer et de contrôler l’état de santé d’une population. Elle doit viser uniquement les maladies et les autres problèmes de santé que des mesures préventives ou curatives peuvent contrôler. Calculer les taux de mortalité propres à chaque maladie aide à repérer les principales maladies meurtrières et à fixer des priorités.
  9. RESSOURCES HUMAINES ET FORMATION : Une fois les différentes activités et tâches répertoriées, il faut établir les besoins en matière de personnel. Il peut s’agir de personnel varié : médecins en santé publique, spécialistes de l’assainissement, nutritionnistes, logisticiens, administrateurs, etc. On les trouvera parmi les réfugiés ou la population déplacée et on portera une attention particulière à leur formation et à celle des autres membres du personnel médical local.
  10. COORDINATION : Pour que les secours d’urgence soient bien planifiés, il faut savoir coordonner les différents acteurs. Dans les urgences à grande échelle, les partenaires peuvent être multiples : agences de l’ONU, autorités du pays, ONG locales et internationales et représentants des réfugiés.

Étude de cas 1 – Coup de poignard (revisité)

Après l’agression au poignard, l’un des garçons est envoyé à un centre correctionnel pour jeunes et l’autre est hospitalisé à cause de sa blessure. Les crises d’épilepsie de la mère deviennent fréquentes.

Le gestionnaire de la clinique lance sans tarder une collaboration avec les autorités du système pénal et du réseau de la santé pour obtenir les soins de santé mentale dont la famille a besoin et aide à organiser une consultation en neurologie pour les crises de la mère.

Deux semaines plus tard, le garçon en centre correctionnel est remis en liberté et un fournisseur de soins de la communauté prend en charge la famille. Des conseils en santé mentale sont assurés par un médecin de famille à la clinique pour réfugiés et par un conseiller en santé mentale désigné par la cour. Quelques semaines plus tard, les choses se sont améliorées et la famille est de nouveau réunie.

Aujourd’hui, les garçons vont à l’école secondaire et participent à différentes activités au sein de la communauté. De plus, la famille a été intégrée à la clientèle d’un cabinet de médecin local.

Étude de cas 2 – Idées suicidaires (revisité)

Lorsque l’urgence confie la patiente à la clinique pour réfugiés, le gestionnaire prévoit pour elle des soins de santé mentale adaptés à ses réalités linguistique et culturelle, en plus de voir à ses besoins médicaux. Peu à peu, la patiente recouvre sa santé mentale et se remet à manger et à boire normalement. Son état reste stable grâce à un soutien continu. Le gestionnaire la met en contact avec un centre de formation en français langue seconde.

Une photo panoramique qui montre une rue au Bénin.
Crédit photo: C. Boudreau, Bénin

Notez bien: Pour plus d’information et pour des études de cas supplémentaires, vous pouvez compléter la section Ceinture noire.

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